Pour la première fois, le Laboratoire J.A. Dieudonné rejoint la programmation officielle des Journées Européennes du Patrimoine. Ce rendez-vous, mûri de longue date, renoue avec l’héritage de l’ancien Espace Turing et célèbre les trente ans d’un bâtiment singulier, conçu comme un écrin géométrique pour la pensée mathématique.
Une architecture de lumière et de tracés
L’édifice se dessine selon une géométrie singulière : une enveloppe extérieure en trapèze enserrant un patio cylindrique.
- Les couloirs solaires : À l’intérieur, la déambulation se fait circulaire. Les couloirs, baignés de lumière, s’ouvrent sur le patio central cylindrique. C’est ici, sur les nombreux tableaux noirs qui qui structurent l’espace, que les chercheurs fixent l’abstraction à la craie dans un dialogue permanent. Pour le passant néophyte, ces ensembles de symboles deviennent de véritables œuvres d’art conceptuel éphémère, rendues au vide à chaque coup d’éponge.
- La Voûte Céleste : En contraste, le rez-de-chaussée abrite un dôme de 70 m2 plongé dans la pénombre. Pensé comme une voûte céleste, ce dôme n’est percé que par un puits de lumière vertical tombant du patio, créant un espace en contre-point du reste du laboratoire.
Le petit amphithéâtre : Cœur battant du laboratoire, il accueille face au public un tableau noir qui embrasse toute la largeur et la hauteur. Sur ce mur entier transformé en ardoise, les démonstrations se déploient et la pensée mathématique prend sa pleine dimension collective.
Donner corps à l’abstraction : du modèle à l’objet
Le laboratoire expose un patrimoine qui s’inscrit modestement dans une filiation prestigieuse : celle des modèles mathématiques de l’Institut Henri Poincaré (IHP). Ici, le patrimoine est ré-interrogé pour alimenter de nouvelles productions grâce aux outils de fabrication numérique.
- Le Mathémarium : Ce service de diffusion dévoile un fonds unique dans son éclectisme d’instruments de calcul anciens, d’objets numériques et d’ouvrages historiques, jalons de l’évolution des instruments de calcul et de l’informatique.
- Le Fablab et la Mathothèque : Seul laboratoire de mathématiques à disposer de son propre Makerspace (le « Mamath »), le LJAD perpétue la tradition de l’objet mathématique tangible. Grâce à la fabrication numérique, nous donnons corps aux mathématiques modernes. La Mathothèque qui se situe dans la bibliothèque propose ainsi des pièces d’une grande diversité : des objets classiques à ceux issus des recherches actuelles en topologie ou en systèmes dynamiques.
Ici, les équations et les théorèmes se transforment en volumes manipulables, en puzzle ludique, en plaisir de résoudre des énigmes intellectuelles.
La Bibliothèque, le grand instrument des mathématicien·nes
Contrairement aux sciences expérimentales, le mathématicien trouve son outil de travail le plus monumental dans sa bibliothèque. Elle est le véritable « grand instrument » de la recherche, une archive vivante de plusieurs dizaines de milliers d’ouvrages. Dans ce silence habité, chaque recherche s’inscrit dans une continuité millénaire, où les nouvelles abstractions se construisent sur la solidité des preuves passées, tout en ouvrant des horizons que les prédécesseurs n’auraient pu imaginer.
Nous vous invitons à franchir le seuil de ce labyrinthe de savoir, entre l’éclat des couloirs circulaires, les tableaux noirs qui se transforment en oeuvre conceptuelle à la Bernar Venet et la sérénité de la voûte céleste.
