Ce vendredi avait lieu le vernissage de l’exposition consacrée au 40 (+1) ans du macintosh à l’Octopus-Gallery à Nice. Plusieurs membres du LJAD ou du service Science et Société, étaient présents. L’exposition a été montée par Marc Monticelli, responsable de la culture scientifique du LJAD.
Si le Mac a toujours été reconnu comme une machine de créatifs (sous entendre artistes), elle a aussi été une machine de créatifs … scientifiques. Parmi les logiciels qui ont bouleversé la façon de faire des maths, Mathematica sortie sur mac en 1988.
Un exemplaire de 1re la version sortie en europe (1.2) était présenté à la galerie, ainsi que la première édition (1988) du livre de Wolfram.
Le Macintosh a aussi été une machine de prédilection pour la programmation (Basic, Pascal, Lisp, Prolog, C, …) pour beaucoup de scientifiques, dont un certain Jean-Marie Hullot sur laquelle il développe en langage Lisp, le logiciel SOS-Interface qui deviendra Interface-Builder (NeXT-Apple).
Une version de Le_Lisp (Lisp de l’INRIA) sur Mac avec laquelle JM Hullot a travaillé était en démonstration.
Le Mac n’est pas vraiment une machine de « bidouilleurs » et pourtant une des premières revues française qui lui est consacrée, propose de découvrir les fractales et les ensembles de Mandelbrot avec des parties de programmation en assembleur 68881 !!
Un des Mac qui a eu le plus de succès dans la communauté mathématique, en tout cas niçoise, a été le Mac SE/30 (1989-91) avec son processeur arithmétique 68881 venant épauler le 68030 .
Imaginez, vous avez là un des micro-ordinateurs les plus puissants du moment, le logiciel Mathematica, et la possibilité d’y rajouter un disque dur et une carte ethernet, dans un format ultra compact et transportable que vous pouvez ramener chez vous, ou en vacances.
Le Mathemarium en a récupéré un bon paquet (malheureusement dans un très piteuse état).
Le Macintosh, catalyseur de la révolution scientifique numérique
Lancé en 1984, le Macintosh d’Apple a profondément transformé le paysage informatique, mais son impact sur le monde scientifique et éducatif reste souvent sous-estimé. Bien au-delà de son interface graphique révolutionnaire, le Mac a été un véritable catalyseur dans le développement de logiciels scientifiques et d’outils de visualisation qui ont changé la façon dont nous faisons de la science.
Une interface graphique au service de la science
Contrairement aux ordinateurs de l’époque qui fonctionnaient principalement en ligne de commande, le Macintosh proposait une interface graphique intuitive avec des fenêtres, des menus déroulants et une souris. Cette approche visuelle s’est avérée particulièrement adaptée aux besoins des scientifiques qui manipulaient des données complexes et avaient besoin de visualiser leurs résultats.
L’architecture du Mac, avec son processeur Motorola 68000 et ses capacités graphiques avancées, permettait de créer des applications sophistiquées avec une facilité inégalée. Les développeurs pouvaient se concentrer sur la logique scientifique plutôt que sur les aspects techniques de l’affichage.
Mathematica : quand les mathématiques deviennent visuelles
Stephen Wolfram a choisi le Macintosh comme plateforme de développement principal pour Mathematica, lancé en 1988. Ce choix n’était pas anodin : l’interface graphique du Mac permettait d’intégrer naturellement calculs symboliques, visualisations 2D et 3D, et documentation dans un environnement cohérent.
Mathematica a révolutionné la recherche mathématique en permettant aux chercheurs de visualiser instantanément des fonctions complexes, de manipuler des équations symboliques et de créer des animations mathématiques. L’interface notebook, inspirée des possibilités graphiques du Mac, est devenue un standard dans le calcul scientifique, influençant par la suite des outils comme Jupyter.
HyperCard : l’éducation réinventée
HyperCard, développé par Bill Atkinson et livré gratuitement avec chaque Macintosh à partir de 1987, a ouvert des perspectives inédites pour l’éducation scientifique. Cet outil permettait de créer facilement des applications interactives sans programmation complexe, grâce à son système de cartes et de piles.
Dans les écoles et universités, HyperCard a permis de créer des simulateurs scientifiques, des tutoriels interactifs et des bases de données éducatives. Les enseignants pouvaient développer des ressources pédagogiques multimédia adaptées à leurs cours, intégrant texte, images, sons et animations. Cette approche interactive a transformé l’apprentissage des sciences, le rendant plus engageant et accessible.
Un écosystème fertile pour l’innovation
Le Mac a également favorisé l’émergence d’autres logiciels scientifiques innovants. Des outils comme Igor Pro pour l’analyse de données, Canvas pour les schémas scientifiques, ou encore les premiers logiciels de modélisation moléculaire ont trouvé dans le Macintosh une plateforme idéale pour leur développement.
L’écosystème Mac encourageait l’innovation par sa philosophie d’interface utilisateur cohérente et ses outils de développement accessibles. Les petites équipes de recherche pouvaient créer des logiciels spécialisés sans avoir besoin de ressources considérables en développement.
Un héritage durable
L’influence du Macintosh sur le calcul scientifique perdure aujourd’hui. Les principes d’interface graphique intuitive, d’intégration multimédia et d’interactivité qu’il a popularisés sont devenus des standards dans les logiciels scientifiques modernes. De MATLAB à R Studio, en passant par les notebooks Jupyter, on retrouve cette approche visuelle et interactive inaugurée par le Mac.
Le Macintosh a démontré que l’informatique scientifique ne devait pas être réservée aux spécialistes de l’informatique. En démocratisant l’accès à des outils puissants et intuitifs, il a permis à des générations de scientifiques et d’étudiants d’explorer de nouvelles voies de recherche et d’apprentissage, contribuant ainsi à accélérer le progrès scientifique.





