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		<title>Mathemarium</title>
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		<title>De la combinatoire alg&#233;brique &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Frederic Patras
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&lt;p&gt;L'exercice de concilier travail math&#233;matique et travail philosophique est difficile et p&#233;rilleux. Fr&#233;quent aux d&#233;buts de l'&#233;poque moderne, il est devenu au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle un exercice r&#233;serv&#233; &#224; quelques grandes figures des math&#233;matiques &#8211; souvent, d'ailleurs, les plus originales et cr&#233;atrices : Poincar&#233;, G&#246;del, Weyl, Grothendieck, pour ne citer que les plus embl&#233;matiques de cette conception ouverte et exigeante de l'exercice de la pens&#233;e et du r&#244;le de l'homme de science. Gian-Carlo Rota, auquel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://mathemarium.fr/-Articles-.html" rel="directory"&gt;Articles
&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'exercice de concilier travail math&#233;matique et travail philosophique est difficile et p&#233;rilleux. Fr&#233;quent aux d&#233;buts de l'&#233;poque moderne, il est devenu au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle un exercice r&#233;serv&#233; &#224; quelques grandes figures des math&#233;matiques &#8211; souvent, d'ailleurs, les plus originales et cr&#233;atrices : Poincar&#233;, G&#246;del, Weyl, Grothendieck, pour ne citer que les plus embl&#233;matiques de cette conception ouverte et exigeante de l'exercice de la pens&#233;e et du r&#244;le de l'homme de science. Gian-Carlo Rota, auquel ce texte est consacr&#233;, a su en accomplir le programme intellectuel et l'ambition humaniste, allant jusqu'&#224; demander &#224; enseigner &#224; la fois math&#233;matiques et philosophie au Massachusetts Institute of Technology.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_443 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://mathemarium.fr/IMG/pdf/rota.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 664.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://mathemarium.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772988122' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-443 '&gt;&lt;strong&gt;De la combinatoire alg&#233;brique &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les math&#233;matiques et la vie
</title>
		<link>https://mathemarium.fr/Les-mathematiques-et-la-vie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://mathemarium.fr/Les-mathematiques-et-la-vie.html</guid>
		<dc:date>2019-06-27T20:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Monticelli
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Texte de la conf&#233;rence inaugurale de M. Paul Montel faite &#224; l'occasion de la r&#233;ouverture du Palais de la D&#233;couverte, apr&#232;s la lib&#233;ration de Paris, le 25 Novembre 1944. &lt;br class='autobr' /&gt; On a dit souvent que les math&#233;maticiens sont les moins ennuyeux des sp&#233;cialistes parce qu'ils ne parlent jamais de leur sp&#233;cialit&#233;. Je suis f&#226;ch&#233; de porter atteinte &#224; cette bonne r&#233;putation, mais je voudrais cependant vous montrer que leur sp&#233;cialit&#233; est un peu la v&#244;tre et que toute la vie moderne est comme impr&#233;gn&#233;e de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://mathemarium.fr/-Textes-.html" rel="directory"&gt;Textes, revues, magazines
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de la conf&#233;rence inaugurale de M. Paul Montel faite &#224; l'occasion de la r&#233;ouverture du Palais de la D&#233;couverte, apr&#232;s la lib&#233;ration de Paris, le 25 Novembre 1944.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;
&lt;div class='spip_document_418 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://mathemarium.fr/IMG/jpg/01-17-04-05-mathetvie-img_3594.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://mathemarium.fr/local/cache-vignettes/L500xH667/01-17-04-05-mathetvie-img_3594-0ccb5.jpg?1738943689' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-418 '&gt;&lt;strong&gt;Edition tir&#233;e &#224; 590 exemplaires et comment&#233;e en image par Pierre Collot (1947)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;On a dit souvent que les math&#233;maticiens sont les moins ennuyeux des sp&#233;cialistes parce qu'ils ne parlent jamais de leur sp&#233;cialit&#233;. Je suis f&#226;ch&#233; de porter atteinte &#224; cette bonne r&#233;putation, mais je voudrais cependant vous montrer que leur sp&#233;cialit&#233; est un peu la v&#244;tre et que toute la vie moderne est comme impr&#233;gn&#233;e de math&#233;matiques. Les actes quotidiens et toutes les constructions des hommes en portent la trace, et il n'est pas jusqu'&#224; nos joies artistiques ou &#224; notre vie morale qui n'en subissent l'influence. Pour le faire voir, je m'excuse d'&#233;voquer les formes les plus modestes de la vie de chaque jour, mais il importe de se rendre compte que la math&#233;matique nous suit comme notre ombre jusque dans les plus humbles d&#233;marches de notre activit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A votre r&#233;veil, ce matin, n'avez-vous pas interrog&#233; votre montre, et, pour une soustraction rapide, constat&#233; que vous pouviez, ou non, paresser encore un peu dans votre lit ? Ainsi, la journ&#233;e a d&#233;but&#233; par une op&#233;ration math&#233;matique. En songeant &#224; votre t&#226;che du jour, &#224; vos rendez-vous, &#224; la dur&#233;e probable des entretiens, &#224; la longueur des d&#233;placements, vous avez effectu&#233; des additions et des soustractions qui vous ont permis de dresser le plan de votre journ&#233;e et de l'&#233;tablir dans le temps et dans l'espace. En achetant vos journaux, en vous livrant &#224; d'autres acquisitions, vous avez compos&#233; la somme due ou observ&#233; le marchand qui faisait l'appoint : nouvelles op&#233;rations, nouveaux calculs !&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il vous est arriv&#233; de d&#233;jeuner au restaurant, vous avez, sans vous en douter, v&#233;rifi&#233; ces propri&#233;t&#233;s de l'addition que l'on a coutume d'appeler la commutativit&#233; et l'associativit&#233; et qui vous paraissaient si abstraites &#224; l'&#233;cole. Car il ne vous a pas &#233;chapp&#233; que le prix d'un repas ne d&#233;pend pas de l'ordre dans lequel les plats ont &#233;t&#233; servis, c'est-&#224;-dire qu'une somme de plusieurs termes est ind&#233;pendante de l'ordre de ces termes : c'est la commutativit&#233;. Ce prix ne varie pas davantage s'il vous a plu de r&#233;unir plusieurs plats en un seul, c'est-&#224;-dire que la valeur d'une somme ne change pas quand on r&#233;unit plusieurs termes en un seul : c'est l'associativit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_193 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://mathemarium.fr/IMG/jpg/01-tour.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://mathemarium.fr/local/cache-vignettes/L500xH516/01-tour-1ed93.jpg?1738943689' width='500' height='516' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Jusqu'au soir, vous avez ainsi effectu&#233; des calculs plus ou moins conscients et appliqu&#233; des r&#232;gles math&#233;matiques. Mais votre activit&#233; scientifique ne s'est, pas limit&#233;e &#224; l'arithm&#233;tique ; et, chemin faisant, vous avez v&#233;rifi&#233; aussi les lois de la g&#233;om&#233;trie. Pour vous rendre &#224; vos rendez-vous, vous avez essay&#233; de suivre des lignes droites et, lorsque le dessin des rues vous en a emp&#234;ch&#233;, vous avez cherch&#233; le trajet le plus direct en rempla&#231;ant une ligne enveloppante par la ligne envelopp&#233;e, qui est plus courte. Si vous vous &#234;tes occup&#233; de tissus, de papiers, de r&#233;cipients, vous avez &#233;valu&#233; des longueurs, des surfaces, des volumes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, toute la journ&#233;e vous faites des math&#233;matiques et souvent, comme M. Jourdain faisait de la prose : sans le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les hommes ne sont pas les seuls &#234;tres vivants que la vie a contraints &#224; l'usage incessant de la math&#233;matique. Les animaux s'y soumettent aussi et leur instinct, affin&#233; par le lent travail de l'h&#233;r&#233;dit&#233;, les a conduits &#224; la d&#233;couverte des lois math&#233;matiques que l'homme seul a su formuler clairement et qui semblent demeurer en eux, comme obscur&#233;ment attach&#233;es &#224; la forme m&#234;me de leur conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous vous arr&#234;tez et appelez votre chien, il accourt en ligne droite ; si vous l'appelez en continuant &#224; marcher, il se met &#224; votre poursuite en suivant une courbe appel&#233;e &#171; courbe du chien &#187; et qui est d&#233;crite de telle mani&#232;re que le corps de l'animal soit, &#224; chaque instant plac&#233; en ligne droite avec la position de son ma&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Observez une b&#234;te de somme qui porte un fardeau ou tire un v&#233;hicule sur une route montante : vous la verrez d&#233;crire des zigzags vers la gauche et vers la droite de mani&#232;re &#224; &#233;viter autant que possible la direction m&#234;me de la route. Il est certain que la charge est d'autant plus p&#233;nible &#224; porter que la pente du chemin suivi est plus raide. La G&#233;om&#233;trie nous apprend qu'on peut tracer sur la route des lignes, g&#233;n&#233;ralement parall&#232;les aux bords, qui poss&#232;dent la pente la plus forte. Le cheval et le mulet s'en d&#233;fient, comme s'ils connaissaient cette loi g&#233;om&#233;trique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les pays de montagnes, en Auvergne par exemple, les moutons qui paissent comme on sait en arrachant l'herbe, se d&#233;placent en se fatiguant le moins possible. C'est pourquoi on distingue sur le terrain du p&#226;turage ainsi d&#233;pouill&#233;, une s&#233;rie de lignes de niveau pareilles &#224; celles qui figurent sur les cartes d'Etat-Major. L'animal a su trouver la ligne d&#233;pourvue de pente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un des exemples les plus curieux de l'observation des lois math&#233;matiques par les animaux nous est fourni par le mode de construction des ruches d'abeilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque cellule d'une ruche &#224; la forme d'un tube dont la paroi est &#224; six faces planes ; ce tube est ouvert &#224; une extr&#233;mit&#233; et ferm&#233;, &#224; l'autre extr&#233;mit&#233;, par une paroi en pointe constitu&#233;e par la r&#233;union de trois losanges &#233;gaux. Il y a deux couches de cellules plac&#233;es dos &#224; dos de mani&#232;re que la paroi du fond forme la cloison qui s&#233;pare les cellules adoss&#233;es et de fa&#231;on aussi que les trois losanges d'une cellule appartiennent &#224; trois cellules oppos&#233;es diff&#233;rentes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet emploi d'une cloison commune aux deux couches permet une premi&#232;re &#233;conomie de cire. Une nouvelle &#233;conomie peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e en choisissant convenablement l'ouverture du losange. Si on mesure avec pr&#233;cision l'angle des losanges dans les cellules d'une ruche, on trouve une valeur qui correspond exactement &#224; la moindre d&#233;pense de cire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jadis un math&#233;maticien avait trait&#233; ce probl&#232;me et trouv&#233; un angle diff&#233;rent de celui que les abeilles ont adopt&#233;. Mais c'est le math&#233;maticien qui s'&#233;tait tromp&#233;. Lorsque le calcul a &#233;t&#233; repris, on a d&#251; reconna&#238;tre que les abeilles avaient parfaitement r&#233;solu la question.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette recherche d'&#233;conomie se retrouve partout dans les ph&#233;nom&#232;nes naturels ; les lois de la nature posent des probl&#232;mes math&#233;matiques que les animaux et les plantes arrivent &#224; r&#233;soudre comme de v&#233;ritables sp&#233;cialistes, en introduisant dans le monde v&#233;g&#233;tal et le monde animal des formes g&#233;om&#233;triques et des liaisons m&#233;caniques tr&#232;s exactement d&#233;finies. Paul Val&#233;ry contemplant les &#233;l&#233;ments g&#233;om&#233;triques d'une coquille pose le probl&#232;me de rechercher &#171; &#224; quoi nous reconnaissons qu'un objet donn&#233; est ou non fait par un homme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_415 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://mathemarium.fr/IMG/jpg/04-18-10-10-ebookgeneratif-0550_001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://mathemarium.fr/local/cache-vignettes/L500xH707/04-18-10-10-ebookgeneratif-0550_001-3b02e.jpg?1738943690' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Nous avons vu le r&#244;le jou&#233; par les math&#233;matiques dans la vie courante, pour les besoins communs &#224; la plupart des hommes. Mais chacun d'eux a g&#233;n&#233;ralement un outil &#224; employer, une machine &#224; utiliser, un appareil &#224; mettre en marche, sans parler des sp&#233;cialistes, constructeurs, architectes, ing&#233;nieurs, marins, chez lesquels l'usage des math&#233;matiques a un caract&#232;re pour ainsi dire permanent et une utilit&#233; de tous les instants. C'est une direction &#224; d&#233;finir, un diam&#232;tre &#224; mesurer, une vitesse &#224; &#233;valuer, une construction dont il faut &#233;tablir le plan, la coupe et l'&#233;l&#233;vation.&lt;br class='autobr' /&gt;
La math&#233;matique intervient &#233;galement pour apaiser la souffrance humaine. Le m&#233;decin l'emploie dans ses dosages, le bact&#233;riologiste dans ses d&#233;nombrements, le chirurgien dans ses interventions et dans la forme de ses pansements. Le proc&#233;d&#233; de localisation des projectiles par la radiographie qui a rendu tant de services pendant la grande guerre est une application simple des lois des triangles semblables. C'est cette m&#234;me application qu'utilisaient les anciens Egyptiens pour mesurer la hauteur des Pyramides ou de toute &#233;l&#233;vation de terrain dont la base est inaccessible. Au lieu de l'ombre radiographique, ils employaient l'ombre du soleil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la math&#233;matique est pr&#233;sente dans l'exercice de toute profession, il v a des m&#233;tiers dent la liaison avec, elle, plus particuli&#232;rement avec la G&#233;om&#233;trie, est tout &#224; fait &#233;troite. Ce sont cependant des m&#233;tiers que leur caract&#232;re artistique semblerait devoir &#233;loigner d'une science des quantit&#233;s. Je veux parler de la vannerie, de la couture et de la chaudronnerie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous tendez un fil sur la surface d'un corps solide parfaitement poli de mani&#232;re que ce fil ne quitte pas le corps et s'y maintienne en &#233;quilibre, il prend une forme particuli&#232;re et r&#233;alise, sur la surface, le chemin le plus court entre deux de ses points : sur une boule sph&#233;rique, par exemple, le fil dessinera un arc de grand cercle de la sph&#232;re. Dans la construction d'un objet en vannerie, qui est un assemblage de bandes souples, il est bon que ces bandes dessinent sur la surface du corps qu'elles r&#233;alisent, d'un panier par exemple, de telles lignes de plus court chemin, de mani&#232;re qu'ainsi tendues, elles se tiennent naturellement en &#233;quilibre. Pour la construction de chaque objet, les vanniers r&#233;solvent ainsi un probl&#232;me de g&#233;om&#233;trie dont les r&#232;gles empiriques leur cachent parfois le sens exact.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans l'art de l'habillement que la math&#233;matique joue un r&#244;le tout &#224; fait important. Habiller le corps humain, c'est confectionner une surface dont la forme, surtout lorsqu'elle est tr&#232;s ajust&#233;e, reproduise celle du corps, en partant d'une surface plane qui est celle du tissu. 11 est donc n&#233;cessaire, pour l'&#233;quilibre et la non d&#233;formation du v&#234;tement, que les fils du tissu, au moins dans les r&#233;gions o&#249; ils sont appel&#233;s &#224; &#234;tre tendus, aux &#233;paules, &#224; la taille, suivent le mieux possible les lignes les plus courtes que l'on pourrait tracer sur notre &#233;piderme.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait qu'un tissu est form&#233; de fils entrecrois&#233;s, la cha&#238;ne et la trame, qui dessinent un quadrillage. La direction du droit fil est celle de la cha&#238;ne ou de la trame ; la direction du biais est celle des diagonales du quadrillage. Lorsqu'on tire sur le tissu, la d&#233;formation est faible en droit fil ; elle est grande dans le biais. Il faut donc que le droit fil se place aux &#171; points forts &#187;, suivant les lignes les plus courtes, &#224; moins que, au contraire, on n'utilise la d&#233;formation du biais pour obtenir d'harmonieux flottements. C'est dans tous les cas, un probl&#232;me de g&#233;om&#233;trie, plus difficile dans les p&#233;riodes o&#249; les robes sont tr&#232;s ajust&#233;es, que l'on arrive &#224; r&#233;soudre au moyen de la coupe et de l'assemblage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; tissage en forme &#187; pose lui aussi un difficile probl&#232;me de g&#233;om&#233;trie des surfaces. Un tissu, qui est une surface plane, ne peut en g&#233;n&#233;ral s'appliquer exactement sur une surface courbe. Le d&#233;cor que porte ce tissu se trouve d&#233;form&#233; en cons&#233;quence et si, &#224; l'aide de ce dessin d&#233;form&#233;, on veut obtenir un ensemble harmonieux, il importe de donner au d&#233;cor, pendant le tissage, une contre-d&#233;formation qui dispara&#238;tra dans la mise en forme. C'est une op&#233;ration d&#233;licate et on&#233;reuse : on ne l'utilise que pour des habits de c&#233;r&#233;monie ou dans des circonstances exceptionnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fabrication des tissus ordinaires soul&#232;ve d'ailleurs bien d'autres probl&#232;mes de g&#233;om&#233;trie et m&#234;me de th&#233;orie des nombres. On sait que le fil de trame passe tant&#244;t au-dessus et tant&#244;t au-dessous du fil de cha&#238;ne et que les &#233;toffes diff&#232;rent par leur &#171; armure &#187;, c'est-&#224;-dire par la mani&#232;re dont sont &#233;tablis ces enchev&#234;trements. L'&#233;tude de ces dispositions de fils rel&#232;ve d'une partie des math&#233;matiques que l'on appelle la G&#233;om&#233;trie de situation. C'est la science des combinaisons des places relatives que peuvent occuper des points, des lignes ou des surfaces. La g&#233;om&#233;trie ordinaire est l'&#233;tude des propri&#233;t&#233;s des corps qui ne changent pas quand on d&#233;place ces corps sans les d&#233;former autrement que par similitude : la g&#233;om&#233;trie de situation &#233;tudie celles de ces propri&#233;t&#233;s qui ne changent pas quand on d&#233;forme les corps : l'armure d'un tissu, par exemple, ne d&#233;pend pas de la mise en forme de ce tissu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette g&#233;om&#233;trie de situation intervient dans beaucoup de probl&#232;mes : un des plus c&#233;l&#232;bres est celui du coloriage des cartes g&#233;ographiques. Il s'agit en somme d'habiller une carte g&#233;ographique avec des tissus de couleurs diff&#233;rentes, de mani&#232;re qu'un m&#234;me tissu couvre toute l'&#233;tendue d'un pays et que deux pays limitrophes soient couverts de tissus de couleurs diff&#233;rentes. On pense que quatre couleurs suffisent dans tous les cas mais on n'en est pas absolument s&#251;r. Au contraire, on est s&#251;r que sept couleurs suffisent pour une carte d'une surface en forme d'anneau. Les habitants &#233;ventuels de l'anneau de Saturne sont ainsi assur&#233;s de ne jamais &#234;tre arr&#234;t&#233;s par une difficult&#233; que les habitants de la Terre n'ont pas la certitude de ne pas rencontrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fabrication des tissus int&#233;resse aussi une autre branche des math&#233;matiques. Imaginez que les fils de cha&#238;ne soient noirs et les fils de trame blancs. L'entrelacement des fils de cha&#238;ne et de trame fera appara&#238;tre, &#224; l'aide d'un grossissement convenable, un cannage de carr&#233;s blancs et noirs : on appelle &#171; point&#233;s &#187;, les carr&#233;s noirs. On peut supposer que l'on a affaire &#224; un &#233;chiquier dont les cases noires sont distribu&#233;es suivant les point&#233;s. Le tissu s'en d&#233;duit par juxtaposition d'une s&#233;rie de tels &#233;chiquiers. L'&#233;chiquier ordinaire &#224; cases alternativement blanches et noires correspond &#224; la &#171; toile &#187;. Dans cet &#233;chiquier, les diagonales sont alternativement des files de carr&#233;s noirs ou de carr&#233;s blancs. S'il y a une diagonale noire, suivie de plusieurs diagonales blanches, on obtient l'armure du &#171; serg&#233; &#187;. Enfin, si les point&#233;s sont dispos&#233;s en suivant une marche r&#233;guli&#232;re du cavalier dans le jeu d'&#233;checs, on a un &#171; satin &#187;. Les autres armures se d&#233;duisent des pr&#233;c&#233;dentes au moyen de diverses transformations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, il existe un probl&#232;me d'arithm&#233;tique rattach&#233; &#224; l'&#233;chiquier. 11 consiste &#224; &#233;crire un nombre entier dans chaque case de mani&#232;re que l'on obtienne toujours le m&#234;me total en ajoutant les nombres de chaque ligne, ou de chaque colonne, ou des deux diagonales centrales. On forme ainsi un &#171; carr&#233; magique &#187; . La recherche des carr&#233;s magiques a jadis int&#233;ress&#233; beaucoup d'esprits. On en trouve un, par exemple, dans la c&#233;l&#232;bre gravure d'Albert D&#252;rer intitul&#233;e Melancholia. Or, de chaque carr&#233; magique, on peut d&#233;duire une armure et, souvent,. de chaque armure, un carr&#233; magique.&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_416 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://mathemarium.fr/IMG/jpg/13-18-10-10-ebookgeneratif-0559_001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://mathemarium.fr/local/cache-vignettes/L500xH545/13-18-10-10-ebookgeneratif-0559_001-93b40.jpg?1738943690' width='500' height='545' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Bornons-nous aux carr&#233;s magiques form&#233;s avec la suite naturelle des nombres entiers. Supposons ces nombres &#233;crits dans les 64 cases d'un &#233;chiquier &#224; cases toutes blanches. Nous en d&#233;duirons des armures par le proc&#233;d&#233; suivant : marquons en noir les cases qui contiennent les nombres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, nous aurons une premi&#232;re armure ; puis, op&#233;rons de m&#234;me avec les cases contenant les entiers de 9 &#224; 16, etc... Les dessins obtenus peuvent d'ailleurs repr&#233;senter des aspects diff&#233;rents d'une m&#234;me armure. Il est parfois n&#233;cessaire pour que tous les fils soient li&#233;s de r&#233;unir deux de ces armures. C'est ce qui arrive en particulier avec le carr&#233; magique de la Melancholia de D&#252;rer qui donne un d&#233;riv&#233; de la toile, le cannel&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La confection d'une robe rel&#232;ve en d&#233;finitive de diff&#233;rentes disciplines math&#233;matiques et les math&#233;maticiens trouvent dans l'&#233;l&#233;gance f&#233;minine le plus gracieux hommage rendu &#224; leurs travaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'art de la chaudronnerie s'apparente &#233;troitement &#224; celui de l'habillage. Ici, il faut d&#233;couper les feuilles de m&#233;tal en longs fuseaux, puis les courber et les r&#233;unir. Cela ressemble beaucoup &#224; la coupe et &#224; l'assemblage, bien que le m&#233;tal ne comporte ni droit fil ni biais. Mais,il est n&#233;cessaire d'&#233;viter les plis de la mati&#232;re et de bien orienter les lignes de plus court chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette orientation des lignes les plus courtes se retrouve dans le corps humain. Les fibres de nos muscles sont naturellement dispos&#233;es suivant de telles lignes command&#233;es par l'&#233;quilibre et l'&#233;conomie de mati&#232;re. Dans la masse osseuse, l'orientation du tissu spongieux se fait suivant d'autres lignes, en rapport &#233;troit avec la th&#233;orie de la r&#233;sistance des mat&#233;riaux et les courbes que l'on est amen&#233; &#224; tracer clans l'&#233;tude des tensions &#224; l'int&#233;rieur d'une charpente.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces op&#233;rations arithm&#233;tiques que l'homme, actuel effectue comme en se jouant au cours de sa journ&#233;e, il a fallu des si&#232;cles pour que l'humanit&#233; arrive &#224; les pr&#233;ciser, &#224; les isoler, &#224; &#233;tablir leurs techniques. Nous pouvons mesurer le chemin parcouru en observant la mani&#232;re dont, aujourd'hui encore, les peuplades dites primitives r&#233;alisent la num&#233;ration et effectuent les calculs les plus simples.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les n&#232;gres du Congo, par exemple, compter correspond toujours &#224; une mimique. Les diff&#233;rents doigts indiquent les premiers nombres ; la main ferm&#233;e repr&#233;sente cinq ; on utilise ensuite les deux mains ferm&#233;es et, &#224; l'aide des orteils, on peut compter jusqu'&#224; vingt. Pour aller plus loin, on annonce verbalement qu'il s'agit de dizaines, de centaines ou d'une base plus grande, et de nouveau, la mimique permet de fixer le nombre de ces unit&#233;s nouvelles. D'autres primitifs mettent les objets &#224; compter, successivement en contact avec certaines parties du corps, toujours les m&#234;mes. On reconna&#238;t dans ce proc&#233;d&#233;, l'&#233;bauche de cette notion de correspondance qui est &#224; la base des math&#233;matiques actuelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le calcul sur les doigts n'est pas r&#233;serv&#233; aux primitifs ; au moyen &#226;ge, ce proc&#233;d&#233; &#233;tait courant et permettait de se faire comprendre sur les march&#233;s et les foires. Les livres d'arithm&#233;tique de la Renaissance enseignent le calcul sur les doigts. Cette pratique s'est continu&#233;e longtemps, avec le calcul au moyen d'abaques ou de bouliers encore en usage en Orient, o&#249; l'on peut voir, dans un bureau de poste ou chez le marchand, le caissier agiter de petites billes avant de rendre la monnaie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mimique s'est conserv&#233;e aussi pour la mesure des grandeurs. Nous figurons les longueurs par les paumes de nos mains plac&#233;es face &#224; face parall&#232;lement ou en pla&#231;ant la main au-dessus du sol, horizontalement, la paume tourn&#233;e vers le bas. Au contraire, lorsqu'un Arabe b&#233;douin veut indiquer la hauteur d'une herbe, il place sa main droite verticalement, le petit doigt touchant la terre et &#233;carte plus ou moins les doigts. S'il veut figurer la taille d'un enfant, il tient la main en l'air, le pouce marquant le niveau sup&#233;rieur de la t&#234;te, comme si la main s'&#233;tait hiss&#233;e, de proche en proche, le long d'un b&#226;ton vertical.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'o&#249; les primitifs savent-ils compter ? La plupart ne d&#233;passent pas mille, deux mille ; quelquefois dix mille, et ne vont plus loin qu'exceptionnellement. Au del&#224; de ces nombres, on dit &#171; beaucoup &#187; et certaines peuplades, comme celle des Pygm&#233;es, disent &#171; beaucoup &#187; &#224; partir de cinq. Dans nos pays eux-m&#234;mes, les grands nombres ne sont apparus que fort tard. Les Egyptiens de la premi&#232;re dynastie (vers -3300) figuraient des nombres atteignant le million mais le mot &#171; million &#187; ne s'est introduit couramment qu'au XV si&#232;cle ; le mot &#171; milliard &#187; au Xvie et l'Europe occidentale &#233;tait en avance.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e si simple pour nous que, apr&#232;s tout nombre entier, il y en a un autre plus grand que lui ; cette id&#233;e, &#224; laquelle se r&#233;duit en d&#233;finitive la notion de l'infini en math&#233;matique, est relativement r&#233;cente. Elle avait &#233;chapp&#233; aux Grecs et le g&#233;nie d'Archim&#232;de ne l'avait pas clairement exprim&#233;e. Il s'&#233;tait pourtant livr&#233;, dans son Ar&#233;naire, &#224; un effort immense pour montrer que l'on peut arriver &#224; nommer un nombre si grand soit-il, surpassant non seulement le nombre des grains de sable qui rempliraient la Terre, mais m&#234;me le nombre de grains de sable qui pourraient remplir l'Univers. Pour le faire, il imagine un syst&#232;me de num&#233;ration permettant d'atteindre un nombre que l'on &#233;crirait dans notre syst&#232;me d&#233;cimal &#224; l'aide de 80 millions de milliards de chiffres. C'est pourquoi le nom d'axiome d'Archim&#232;de est demeur&#233; clans la science attach&#233; &#224; ce principe que, si grande que soit une longueur, il existe un entier qui d&#233;passe la mesure de cette longueur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vingt si&#232;cles ont pass&#233; depuis l'affirmation d'Archim&#232;de ; l'humanit&#233; s'est familiaris&#233;e avec les grands nombres et jongle aussi bien avec leurs inverses qui sont les nombres tr&#232;s petits. L'&#233;tude de l'Univers et celle de l'Atome ont introduit des expressions num&#233;riques qui ont cess&#233; de nous &#233;tonner. Pour exprimer de tr&#232;s grands nombres, on a introduit P &#171; ann&#233;e de lumi&#232;re &#187; qui est &#224; la fois une unit&#233; de temps et une unit&#233; de longueur comme l'expression &#171; jour de marche &#187;. Elle repr&#233;sente le chemin parcouru par la lumi&#232;re se propageant en ligne droite pendant un an, &#224; la vitesse de trois cent mille kilom&#232;tres par seconde, soit dix mille milliards ou une dizaine de trillions de kilom&#232;tres. Bien que de tels nombres ne correspondent dans notre esprit &#224; aucune image concr&#232;te, nous lisons couramment des phrases comme la suivante : notre Univers est form&#233; des trente milliards d'&#233;toiles de la voie lact&#233;e, couronne dont 1 &#233;paisseur est de vingt mille ans de lumi&#232;re et le diam&#232;tre, de trois cent mille ans de lumi&#232;re. Au del&#224; de cet Univers, s'en trouvent d'autres formant les n&#233;buleuses spirales qui en sont &#233;loign&#233;es &#224; des distances de plusieurs millions et m&#234;me de plusieurs centaines de millions d'ann&#233;es de lumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons acquis la m&#234;me aisance pour nous mouvoir dans l'infiniment petit, en &#233;valuant les dimensions des mol&#233;cules ou les trajectoires des corpuscules formant ce syst&#232;me plan&#233;taire en miniature dont on a fait l'image de l'atome. Sans doute, nos figures famili&#232;res se r&#233;v&#232;lent impuissantes pour repr&#233;senter des ph&#233;nom&#232;nes dont l'&#233;chelle est de l'ordre de grandeur du milliardi&#232;me de centim&#232;tre. Mais le raisonnement math&#233;matique nous permet d'en &#233;noncer les lois et d'en &#233;tablir les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Une autre voie par laquelle les math&#233;matiques p&#233;n&#232;trent dans la vie des individus et des peuples est celle de la probabilit&#233;. Un grand nombre de nos d&#233;cisions concernant des &#233;v&#233;nements dus au hasard sont guid&#233;es par la notion de probabilit&#233;, parfois sous une forme impr&#233;cise ou m&#234;me peu consciente. C'est aussi la probabilit&#233; qui r&#232;gle certaines mesures collectives relatives &#224; la vie &#233;conomique ou sociale, la marche d'organismes comme les compagnies d'assurances ou les banques, les dispositions techniques de certains apparaoces comme le t&#233;l&#233;phone automatique par exemple : il y a une science du hasard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, si un &#233;v&#233;nement est probable, c'est qu'il n'est pas certain. La probabilit&#233; concerne ce que l'on ignore et que l'on d&#233;signe par le vocable &#171; hasard &#187;. Comment faire des calculs avec ce que l'on ignore ? Pourtant cette science existe et bien des savants illustres se sont occup&#233;s de ces calculs. Leurs r&#233;sultats ont &#233;t&#233; tr&#232;s utiles aux sciences de la nature comme aux sciences humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela tient &#224; ce que la notion de probabilit&#233; est &#224; la base de la science exp&#233;rimentale, de notre croyance &#224; l'existence des lois naturelles. L'eau chauff&#233;e &#224; 100&#176; entre en &#233;bullition ; nous tenons pour hautement probable qu'elle le fera aujourd'hui comme hier, mais nous n'en avons pas la certitude absolue. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que les conditions du ph&#233;nom&#232;ne doivent demeurer invariables. Qui oserait douter que le soleil se l&#232;vera demain comme aujourd'hui ? Cependant, dit Joseph Bertrand, le navigateur entra&#238;n&#233; vers la nuit polaire s'apercevra -un matin que le soleil a cess&#233; de se lever.&lt;br class='autobr' /&gt;
La notion de probabilit&#233; p&#233;n&#232;tre aussi dans la science d'une mani&#232;re plus directe encore, et plus profonde : elle se trouve au c&#339;ur m&#234;me de certaines parties de la physique moderne. Celle-ci exprime alors des lois r&#233;sultant de valeurs moyennes des actions d'un nombre immense de mol&#233;cules dont on ignore les conditions initiales, ou les mouvements, ou les deux &#224; la fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que faut-il entendre au juste par probabilit&#233; d'un &#233;v&#233;nement ? Nous avons bien le sentiment qu'un fait est probable, c'est-&#224;-dire qu'il nous para&#238;t plus naturel de voir se produire ce fait plut&#244;t que le fait contraire, nous nous servons constamment de termes tels que &#171; tr&#232;s probable, assez probable, peu probable &#187;. Mais il importe de donner &#224; ces termes une signification assez pr&#233;cise pour permettre de les soumettre au calcul.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous y parviendrons ais&#233;ment par l'examen des jeux, les plus simples : c'est la marche m&#234;me que Pascal a suivie lorsqu'il a pos&#233; les bases du calcul des probabilit&#233;s. Dans le jeu de pile ou face avec une pi&#232;ce de monnaie, ou celui de rouge ou noir, pair ou impair, passe ou manque, &#224; la roulette nous savons que, &#224; chaque coup, peut appara&#238;tre &#233;galement soit pile, soit face, soit rouge, soit noir, et nous dirons qu'il y a une chance sur deux pour que sorte le c&#244;t&#233; pile par exemple, ou encore que cette &#233;ventualit&#233; a la probabilit&#233; 1 /2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au jeu de pile ou face, il y a deux cas possibles et un cas favorable &#224; la sortie de pile ; leur rapport est 1/2. Au jeu de d&#233;, avec un seul d&#233;, il y a six cas possibles et un seul cas favorable au nombre trois : leur rapport est 1 /6. Nous dirons que la probabilit&#233; d'amener 3 avec un seul d&#233; est 1 /6. Ainsi, la probabilit&#233; d'un &#233;v&#233;nement est le rapport du nombre des cas o&#249; cet &#233;v&#233;nement se produit au nombre total des cas possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la v&#233;rit&#233;, nous supposons, sans le dire express&#233;ment, que tous les cas sont &#233;galement possibles. S'il s'agit d'un d&#233;, par exemple, nous admettons qu'il est &#233;tabli d'une mani&#232;re parfaite ; si la mati&#232;re n'en &#233;tait pas r&#233;guli&#232;rement r&#233;partie, il pourrait tomber plus facilement sur une face que sur une autre. Il n'existe pas de d&#233; &#233;tabli d'une mani&#232;re parfaite, mais il en existe de bien construits. Il n'existe pas non plus de droite parfaite, ni de cercle parfait : cela n'a pas emp&#234;ch&#233; d'&#233;tablir les r&#232;gles de la g&#233;om&#233;trie. Nous &#233;tablirons donc les r&#232;gles de la probabilit&#233; en supposant le d&#233; parfait : il nous appartiendra de v&#233;rifier ensuite dans quelle mesure les r&#233;sultats obtenus s'adaptent aux circonstances imparfaites dans lesquelles nous serons plac&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
De la m&#234;me mani&#232;re, si nous tenons pour assur&#233; que la naissance d'un &#234;tre humain peut avoir lieu n'importe quel jour de la semaine, nous dirons que la probabilit&#233; de na&#238;tre un dimanche est 1/7 et celle de na&#238;tre un jour ouvrable est 6/7.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque tous les cas possibles sont des cas favorables, on a une certitude : elle est repr&#233;sent&#233;e par une probabilit&#233; &#233;gale &#224; un. Lorsque tous les cas possibles sont d&#233;favorables, l'&#233;v&#233;nement ne peut se produire ; la probabilit&#233; est &#233;gale &#224; z&#233;ro. Dans les cas interm&#233;diaires, la probabilit&#233; est un nombre compris entre z&#233;ro et un.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une probabilit&#233; est grande ou petite suivant que le nombre qui la repr&#233;sente est voisin de l'unit&#233; ou de z&#233;ro. Mais cette notion de grande ou petite probabilit&#233; est relative, comme toujours. Une distance de 100 kilom&#232;tres est importante pour qui va &#224; pied, elle perd peu &#224; peu de son importance si on dispose d'une bicyclette, d'une automobile, d'un avion ; une somme d'argent est plus ou moins importante suivant la situation de fortune o&#249; l'on se trouve. Une probabilit&#233; sera de m&#234;me plus ou moins importante suivant l'int&#233;r&#234;t qui s'attache &#224; l'&#233;v&#233;nement favorable ou d&#233;favorable auquel elle se rapporte.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'&#233;chelle humaine, c'est-&#224;-dire au' regard de la dur&#233;e d'une vie humaine ou du nombre des habitants d'une grande ville, il semble bien qu'une probabilit&#233; de quelques millioni&#232;mes soit pratiquement n&#233;gligeable. Le nombre des accidents mortels de la rue est de quelques unit&#233;s par jour dans une ville d'un ou plusieurs millions d'habitants. Si on ne n&#233;gligeait pas le risque d&#233;fini par la probabilit&#233; correspondante, on n'oserait jamais sortir de chez soi. En France, il faut compter environ une vingtaine de morts par an, &#224; la suite d'un accident de chemin de fer. Or, les r&#233;seaux fran&#231;ais transportent environ vingt milliards de voyageurs-kilom&#232;tres par an : cela signifie que le transport total est &#233;quivalent &#224; celui de vingt milliards de voyageurs pendant un kilom&#232;tre ou de vingt millions de voyageurs faisant chacun mille kilom&#232;tres. Il en r&#233;sulte que le risque de mort par accident de chemin de fer est de un millioni&#232;me pour un voyage de mille kilom&#232;tres. Il est assez rare que l'on y pr&#234;te une attention s&#233;rieuse. Cependant, la probabilit&#233; de gagner le gros lot &#224; chaque tranche de notre Loterie nationale est inf&#233;rieure &#224; un millioni&#232;me ; elle est un peu plus forte que les 8/10 d'un millioni&#232;me ; elle a encore baiss&#233; avec la nouvelle s&#233;rie o&#249; elle n'est plus que les 2/3 d'un millioni&#232;me. Pourtant, le,possesseur d'un billet s'arr&#234;te &#224; l'espoir du gros lot avec quelque complaisance, tant il est vrai que notre esprit se tourne en g&#233;n&#233;ral avec plus de faveur vers les &#233;v&#233;nements heureux que vers les circonstances funestes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un &#233;v&#232;nement peut avoir une probabilit&#233; n&#233;gligeable &#224; l'&#233;chelle humaine, c'est-&#224;-dire avoir une chance pratiquement nulle de se produire pendant le cours d'une vie humaine ou pour un habitant d'une grande ville, mais cette m&#234;me probabilit&#233; peut redevenir appr&#233;ciable si l'on envisage l'ensemble des habitants d'un pays ou la dur&#233;e d'une p&#233;riode de la vie terrestre. Pour qu'un &#233;v&#233;nement puisse pratiquement &#234;tre consid&#233;r&#233; comme impossible dans ce dernier cas, il faut que sa probabilit&#233; soit d'une fois pour un nombre de fois repr&#233;sent&#233; par l'unit&#233; suivie de plusieurs dizaines de z&#233;ros et, &#224; l'&#233;chelle de l'Univers, c'est-&#224;-dire par rapport aux dimensions de l'Univers stellaire ou &#224; une p&#233;riode g&#233;ologique, d'une fois pour un nombre de fois repr&#233;sent&#233; par l'unit&#233; suivie de quelques centaines de z&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que nous nous faisons de la probabilit&#233; est telle que nous nous attendons &#224; voir les ph&#233;nom&#232;nes la traduire avec fid&#233;lit&#233;. Dans le jeu de rouge ou noire &#224; la roulette, nous acceptons bien que des s&#233;ries de rouges puissent se produire, mais nous nous attendons &#224; des compensations ramenant la noire assez souvent pour que, finalement, les chances &#233;tant &#233;gales, l'une et l'autre couleur se soient pr&#233;sent&#233;es &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me nombre de fois. Cette exigence un peu obscure de notre esprit correspond aussi &#224; des lois. D&#233;signons par &#233;cart le nombre de fois qu'une couleur sort au del&#224; ou en de&#231;&#224; de la moiti&#233; du nombre des parties. L'analyse de ces &#233;carts a conduit &#224; une loi que l'on appelle la &#171; loi des &#233;carts &#187; ou la &#171; loi des grands nombres &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'on joue un grand nombre de parties, les &#233;carts peuvent &#234;tre de l'ordre de grandeur de la racine carr&#233;e du nombre de ces parties : 10 pour 100 parties ; 100 pour 10.000 parties ; 1.000 pour un million de parties. Il faut entendre par l&#224; que la probabilit&#233; pour que l'&#233;cart d&#233;passe deux ou trois fois dix, ou cent, ou mille, dans les hypoth&#232;ses pr&#233;c&#233;dentes, est faible et n&#233;gligeable &#224; notre &#233;chelle ; elle est en effet de un dix-milli&#232;me pour deux fois ; d'un milliardi&#232;me pour trois fois. Le rapport de ces &#233;carts au nombre des parties devient rapidement tr&#232;s petit, mais cela n'emp&#234;che pas que chacun d'eux puisse atteindre une valeur consid&#233;rable quand on joue un tr&#232;s grand nombre de parties.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans ce fait que r&#233;side l'explication de la ruine in&#233;vitable du joueur et de l'insucc&#232;s de toute martingale dans un jeu m&#234;me &#233;quitable. Lorsque le nombre des parties est tr&#232;s &#233;lev&#233;, de longues s&#233;ries et des &#233;carts consid&#233;rables se produisent qui viennent &#224; bout des ressources du joueur. Apr&#232;s une s&#233;rie de six rouges, on est tent&#233; de jouer la noire, car les s&#233;ries de sept rouges sont rares ; mais les s&#233;ries de six rouges suivies d'une noire sont aussi rares, seulement on ne les remarque pas. Un fait analogue se pr&#233;sente pour les loteries : bien des personnes r&#233;pugnent &#224; accepter un billet dont le num&#233;ro contient plusieurs z&#233;ros ou plusieurs fois le m&#234;me chiffre. Sans doute un tel billet sort-il rarement, mais toute autre combinaison de chiffres sort aussi rarement. Il suffit, pour s'en convaincre, d'&#233;crire au dos de chacun des deux billets le num&#233;ro de l'autre, ou de changer le syst&#232;me de num&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, la th&#233;orie des probabilit&#233;s qui doit son origine &#224; l'&#233;tude des jeux de hasard, aboutit finalement &#224; la condamnation de ces jeux comme moyens de gain.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La notion de probabilit&#233; nous est si famili&#232;re que nous sommes parfois entra&#238;n&#233;s &#224; en tirer des cons&#233;quences d'ordre moral. Si nous jouons &#224; l'&#233;cart&#233; avec un partenaire peu connu de nous et qui retourne le roi plusieurs fois de suite, nous &#233;prouvons quelque inqui&#233;tude sur son honn&#234;tet&#233;.Il ne faut pas se laisser aller &#224; de telles conclusions tir&#233;es de la probabilit&#233; des causes. Stuart Mill a dit que l'application des probabilit&#233;s au domaine moral &#233;tait le scandale des math&#233;matiques. Lorsqu'il s'agit de porter un jugement sur la probit&#233; humaine, rien ne peut remplacer la certitude : toute opinion reposant sur une probabilit&#233; inf&#233;rieure &#224; l'unit&#233; doit &#234;tre r&#233;solument &#233;cart&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et au d&#233;but du xixe, on s'est beaucoup occup&#233; de l'application des probabilit&#233;s aux d&#233;cisions judiciaires. Condorcet et Laplace ont &#233;tudi&#233; le probl&#232;me suivant on conna&#238;t la probabilit&#233; que chaque juge a de se tromper, quelle est la probabilit&#233; pour qu'un tribunal compos&#233; de plusieurs juges risque de condamner un innocent ? Ce probl&#232;me r&#233;solu, il sera naturel de composer le tribunal de mani&#232;re1 &#224; r&#233;duire autant que possible la probabilit&#233; d'une erreur judiciaire. Le calcul, qui est ais&#233;, est d&#233;pourvu de sens pr&#233;cis car les mots &#171; probabilit&#233; individuelle d'erreur d'un juge &#187; ne correspondent pas &#224; une r&#233;alit&#233; ni bien d&#233;finie ni fixe. Son opinion peut varier avec la nature de la cause, l'habilet&#233; d'un plaidoyer ou d'un r&#233;quisitoire, la valeur , d'un t&#233;moignage qui peut lui-m&#234;me &#234;tre vrai ou faux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si des questions de cette nature sont maintenant abandonn&#233;es, on peut se poser des probl&#232;mes plus pr&#233;cis concernant la composition d'un jury criminel, d'un tribunal ou d'une commission d'examen.&lt;br class='autobr' /&gt;
En France, le jury criminel est compos&#233; de douze jur&#233;s choisis, au moyen de deux tirages au sort successifs, sur une liste d&#233;partementale de 300 noms. Si ces 300 personnes assistaient aux d&#233;bats, elles se formeraient, sur la culpabilit&#233; de l'accus&#233;, des opinions que l'on peut repr&#233;senter par oui ou non. Supposons la cause assez obscure pour qu'il y ait autant de oui que de non.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jury devant se prononcer sur la culpabilit&#233; &#224; la majorit&#233; l&#233;gale de 7 voix au moins contre 5, la probabilit&#233; de condamnation est de 38,7% ; elle ne serait plus que de 19,4% si la majorit&#233; d'au moins 8 voix contre 4 devenait n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au tribunal civil, le nombre des juges est impair et le jugement doit &#234;tre rendu &#224; la majorit&#233;. Si, dans un probl&#232;me d&#233;licat de jurisprudence, on consultait l'ensemble des juges du pays, il pourrait arriver, par exemple, qu'une opinion f&#251;t soutenue par le tiers d'entre eux, les deux tiers restants soutenant l'opinion contraire. Si le tribunal est compos&#233; de trois juges, l'opinion minoritaire a cependant une chance de 27% d'&#234;tre adopt&#233;e ; cette chance ne serait plus que de 21% avec 5 juges et de 17% avec 7 juges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une commission d'examen, il pourrait aussi arriver que la d&#233;cision prise par la Commission ne f&#251;t pas conforme &#224; celle qu'e&#251;t adopt&#233; le corps complet des examinateurs. Mais il faut reconna&#238;tre que les risques d'erreur sont ici beaucoup plus faibles et que le partage de un contre un, ou de un contre deux pour le coll&#232;ge entier ne se pr&#233;senterait qu'exceptionnellement. On peut se rallier &#224; l'opinion &#233;mise par Jules Tannery que &#171; les examens sont encore le meilleur moyen que les hommes aient trouv&#233; pour consulter le hasard &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous venons de voir quelle influence exerce la notion de probabilit&#233; dans la vie individuelle comme dans la vie sociale. Les Etats et les organismes collectifs cherchent &#224; compenser par des assurances les diff&#233;rents risques que l'homme peut courir : mort, accident, maladie, ch&#244;mage, perte ou vol. Peut-&#234;tre ce d&#233;sir d'offrir &#224; la condition humaine le moins d'incertitudes possibles pr&#233;sente-t-il le danger d'att&#233;nuer ce go&#251;t du risque qui a conduit aux grandes d&#233;couvertes et aux vastes entreprises et de retarder le progr&#232;s par une trop compl&#232;te uniformit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Par la voie de la statistique, les math&#233;matiques se sont introduites dans la vie &#233;conomique et sociale. Elles ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans l'&#233;ducation et dans cette psychologie de la technique que l'on cultive activement aujourd'hui. Elles r&#233;gissent aussi l'&#233;tude des associations biologiques v&#233;g&#233;tales et animales et il existe maintenant une &#171; math&#233;matique de la lutte pour la vie &#187;. Pendant trois quarts de si&#232;cle, les probl&#232;mes de s&#233;lection naturelle ont fait &#233;clore d'innombrables &#233;crits, d&#233;passant en volume tout ce que les autres id&#233;es de la m&#234;me &#233;poque avaient provoqu&#233;. Puis, le transformisme a &#233;t&#233; d&#233;laiss&#233; et a paru, il y a quelque temps, comme l'a &#233;crit Pearl, &#171; &#234;tre &#224; son lit de mort &#187;. Il vient de prendre une vigueur nouvelle sous l'action des m&#233;thodes math&#233;matiques. En quelques ann&#233;es, les probl&#232;mes relatifs au transformisme et &#224; l'&#233;volution viennent de progresser plus qu'ils ne l'avaient fait dans le demi si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour donner un exemple du r&#244;le des math&#233;matiques dans les probl&#232;mes d'&#233;quilibres biologiques, examinons le cas simple de deux esp&#232;ces animales dont l'une dispose d'une nourriture abondante et dont l'autre vit en d&#233;vorant la premi&#232;re. Si l'on soumet le ph&#233;nom&#232;ne au calcul, on constate que les nombres des individus de chaque esp&#232;ce doivent subir des oscillations r&#233;guli&#232;res et qu'il s'&#233;tablit un &#171; cycle de fluctuation &#187; d&#233;pendant des &#171; coefficients d'accroissement ou d'&#233;puisement &#187; des deux esp&#232;ces isol&#233;es ainsi que du &#171; coefficient de voracit&#233; &#187; des esp&#232;ces mises en pr&#233;sence. Il est bien naturel que, lorsque l'esp&#232;ce d&#233;vor&#233;e diminue, l'esp&#232;ce d&#233;vorante, priv&#233;e de nourriture, diminue &#224; son tour. Pendant cette p&#233;riode de paix, l'esp&#232;ce d&#233;vor&#233;e reprend quelque vigueur et se multiplie, et le cycle recommence. La th&#233;orie conduit &#224; des lois que l'on v&#233;rifie par l'exp&#233;rience : en particulier, s'il s'agit de deux esp&#232;ces de poissons comestibles, elle montre que la p&#234;che entra&#238;ne une diminution de la moyenne de l'esp&#232;ce d&#233;vorante et une augmentation de la moyenne de l'esp&#232;ce d&#233;vor&#233;e. L'attention avait &#233;t&#233; attir&#233;e sur ce ph&#233;nom&#232;ne par des &#233;tudes statistiques sur les march&#233;s de poissons de la haute Adriatique poursuivies de 1910 &#224; 192S par M. d'Ancona. Au lendemain de la guerre, durant laquelle la p&#234;che avait &#233;t&#233; interrompue, les esp&#232;ces voraces avaient augment&#233;, en particulier les S&#233;laciens, qui se nourrissent d'autres poissons. Ces r&#233;sultats &#233;taient conformes aux conclusions math&#233;matiques que Volterra avait obtenues avant de les conna&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
De nombreuses recherches th&#233;oriques et exp&#233;rimentales se poursuivent dans la m&#234;me voie. On &#233;tudie surtout les petits organismes, insectes, protozoaires, bacilles, avec lesquels il est plus commode d'op&#233;rer et d'obtenir de nombreuses g&#233;n&#233;rations. Le cas des insectes a une importance particuli&#232;re pour l'entomologie agricole o&#249; l'on utilise la lutte biologique en favorisant le d&#233;veloppement de certains insectes, parasites d'autres insectes nuisibles aux plantes, afin de se d&#233;barrasser de ces derniers.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_417 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://mathemarium.fr/IMG/jpg/56-17-04-04-ebookgeneratif-0207_005.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://mathemarium.fr/local/cache-vignettes/L500xH684/56-17-04-04-ebookgeneratif-0207_005-53685.jpg?1738943691' width='500' height='684' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Nous venons de voir les math&#233;matiques li&#233;es aux conditions de la vie mat&#233;rielle. Elles ne sont pas davantage absentes des ph&#233;nom&#232;nes qui rel&#232;vent du go&#251;t, de la sensibilit&#233; ou de la vie morale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'insisterai pas sur le r&#244;le des math&#233;matiques dans l'Art et, en particulier, dans l'Architecture ; chacun sait que la beaut&#233; des formes est li&#233;e &#224; l'existence de rapports simples et que, par exemple, le nombre d'or des anciens intervient fr&#233;quemment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce nombre d'or a des propri&#233;t&#233;s arithm&#233;tiques qui ne sont pas moins remarquables que ses propri&#233;t&#233;s g&#233;om&#233;triques. Sa valeur est la moiti&#233; de la diff&#233;rence entre la racine carr&#233;e de cinq et l'unit&#233; ; dans la num&#233;ration d&#233;cimale, elle est repr&#233;sent&#233;e par 0,618... Le nombre d'or intervient dans la construction du pentagone r&#233;gulier ordinaire et du pentagone r&#233;gulier &#233;toil&#233; ou pentagramme, c&#233;l&#232;bre dans l'Ecole de Pythagore qui lui attribuait un sens mystique. On obtient ais&#233;ment ces deux pentagones en faisant un n&#339;ud avec un ruban de papier et en aplatissant ce n&#339;ud sur les brins du ruban.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'emploi du nombre d'or s'est transmis &#224; travers les si&#232;cles par les corporations de ma&#231;ons et d'architectes. On le trouve dans le plan et l'&#233;l&#233;vation des temples et des &#233;glises, dans la composition des sc&#232;nes des vitraux, des tableaux et des gravures. Notre go&#251;t a subi l'influence de sa pr&#233;sence dans la construction de nos maisons, de nos meubles, de nos objets familiers. Si nous dessinons un rectangle ou une ellipse dont la forme soit agr&#233;able &#224; nos yeux d'occidentaux, on peut v&#233;rifier que le rapport entre la largeur et la longueur diff&#232;re peu du nombre d'or.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les notes et les accords musicaux correspondent aussi &#224; des rapports num&#233;riques simples. On a commenc&#233; r&#233;cemment &#224; caract&#233;riser par des expressions math&#233;matiques la beaut&#233; de certains vases. La peinture et la po&#233;sie, a-t-on dit, sont des math&#233;matiques voil&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a d'ailleurs, dans la Math&#233;matique elle-m&#234;me, une beaut&#233; int&#233;rieure, d'un caract&#232;re n&#233;cessairement un peu &#233;sot&#233;rique, qui r&#233;side dans l'harmonie des rapports que formulent ses lois.&lt;br class='autobr' /&gt;
La math&#233;matique r&#233;agit &#233;galement sur la vie morale, soit d'une mani&#232;re directe comme nous l'avons vu dans l'&#233;tude des jeux de hasard, soit d'une mani&#232;re indirecte en contraignant l'esprit &#224; des habitudes d'ordre et de nettet&#233; qu'il transporte naturellement dans le domaine moral. Bien des actes, d'un caract&#232;re douteux au regard de notre &#233;thique, ne deviennent que trop ais&#233;s par suite du manque de pr&#233;cision et de clart&#233; de l'esprit de celui qui les commet. La science en g&#233;n&#233;ral, les math&#233;matiques en particulier, exigent une sinc&#233;rit&#233; et une probit&#233; de tous les instants dont l'heureux effet est contagieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai laiss&#233; volontairement de c&#244;t&#233; la Science elle-m&#234;me dont la math&#233;matique est le langage. Une discipline ne m&#233;rite vraiment le nom de &#171; science &#187; que le jour o&#249; les math&#233;matiques y ont p&#233;n&#233;tr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si vous savez mesurer ce dont vous parlez, a &#233;crit lord Kelvin, et l'exprimer en nombres, c'est que vous en savez quelque chose ; mais si vous ne savez ni le mesurer ni l'exprimer en nombres, votre connaissance est vague et peu satisfaisante &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai voulu me borner &#224; la vie courante, individuelle, professionnelle, sociale, et essayer de vous montrer qu'elle fait une consommation incessante des nombres petits ou grands, des calculs qui les transforment, ou des lignes qui en sont l'image. Mais alors, dira-t-on, que font les math&#233;maticiens si l'objet de leur t&#226;che est d'effectuer ces m&#234;mes op&#233;rations que chacun de nous emploie au cours ,de toutes ses journ&#233;es ? .	Ils font autre chose. Les lois qui r&#233;gissent les rapports entre les nombres, ils les &#233;tudient d'une mani&#232;re de plus en plus approfondie ; iis cr&#233;ent les m&#233;thodes qui servent &#224; cette &#233;tude et de nouveaux probl&#232;mes se l&#232;vent sous leurs pas &#224; mesure qu'ils en r&#233;solvent. La fantaisie les m&#232;ne, Plutarque dit qu'Archim&#232;de &#171; d&#233;daignant la science d'inventer des machines, employa son esprit et son &#233;tude &#224; &#233;crire seulement les choses dont la beaut&#233; et subtilit&#233; ne f&#251;t aucunement m&#234;l&#233;e avec la n&#233;cessit&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leurs d&#233;couvertes demeurent parfois inutilis&#233;es pendant des si&#232;cles : ce sont des outils qui attendent la main de l'ouvrier qui saura en tirer parti. On l'a r&#233;p&#233;t&#233; souvent : lorsque les Grecs &#233;tudiaient les sections coniques, ils ne pr&#233;voyaient pas le grand secours que pourraient en tirer plus tard l'Astronomie et la Navigation. Ils ne pr&#233;voyaient pas non plus que les propri&#233;t&#233;s de ces courbes serviraient un jour &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me du rep&#233;rage des canons au moyen du son. Les arithm&#233;ticiens qui se sont les premiers divertis aux carr&#233;s magiques ne se doutaient pas que l'on confectionnerait des tissus au moyen de leurs chiffres. Les g&#233;om&#232;tres qui ont &#233;tudi&#233; certains espaces &#233;taient loin de songer aux applications que les &#233;lectriciens en ont fait r&#233;cemment &#224; des probl&#232;mes difficiles de leur technique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont partag&#233; le monde math&#233;matique1 en un petit nombre de continents dont ils poursuivent l'exploration : celui des nombres et des grandeurs que ces nombres mesurent ; celui des lois et des fonctions qui les traduisent ; celui du d&#233;terminisme, c'est-&#224;-dire des &#233;quations diff&#233;rentielles permettant de d&#233;duire l'&#234;tre math&#233;matique tout entier &#224; partir d'une cellule initiale ; celui des espaces et de leurs g&#233;om&#233;tries ; celui du hasard et des probabilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur science a le privil&#232;ge de s'accro&#238;tre par juxtaposition, alors que les sciences de la nature et des sciences humaines se d&#233;veloppent fr&#233;quemment par substitution de th&#233;ories nouvelles qui s'&#233;difient sur les ruines des anciennes ou &#224; c&#244;t&#233; d'elles. Dans la cit&#233; math&#233;matique au contraire, on se borne &#224; percer de nouvelles avenues en conservant les vieux quartiers au moyen de quelques am&#233;nagements int&#233;rieurs. La joie esth&#233;tique qu'apporte aux math&#233;maticiens la contemplation de cette cit&#233; est leur v&#233;ritable r&#233;compense. La beaut&#233; de ses constructions abstraites offre parfois la m&#234;me harmonie que les lignes de l'architecture ou les accords de la musique. Et leur solidit&#233; d&#233;fie les si&#232;cles ! Comme l'ont &#233;crit Vito Volterra et&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul Painlev&#233; : &#171; La mort peut an&#233;antir les empires : la g&#233;om&#233;trie D'Euclide s'accorde toujours avec la g&#233;om&#233;trie d'aujourd'hui &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette p&#233;rennit&#233;, la math&#233;matique et l'art sont seuls &#224; la poss&#233;der. Devant le renouvellement continuel des doctrines et des &#233;coles qui gouvernent les sciences de la nature et les sciences humaines seules demeurent immobiles les formes de la math&#233;matique et les Cormes de l'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une page de Racine ou de Verlaine garde son harmonie &#224; travers les &#226;ges tant que la langue n'a pas subi de transformation profonde n portrait de Clouet, un paysage de Claude Lorrain, une sc&#232;ne de r ragonard, un groupe de Carpeaux gardent leur vigueur et leur gr&#226;ce tant que l'&#339;il humain sait recueillir les joies de lalumi&#232;re et de la forme. Une m&#233;lodie de Bizet ou de Faur&#233;, une symphonie de Berlioz ou de Saint-Saens conservent leur charme et la puissance de leur &#233;motion tant que l'oreille humaine reste sensible &#224; certains accords. Un th&#233;or&#232;me d'Euclide ou d'Henri Poincar&#233; garde sa v&#233;rit&#233; tant que la raison humaine demeure inalt&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai essay&#233; de vous montrer combien la connaissance des math&#233;matiques est utile &#224; tous et que, pour un homme vivant au sein de la civilisation moderne, c'est une infirmit&#233; v&#233;ritable que d'en ignorer les rudiments. Savoir compter est aussi indispensable que savoir lire et &#233;crire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En outre, comme l'&#233;crit Pascal : &#171; ... entre esprits &#233;gaux et toutes choses pareilles, celui qui a de la g&#233;om&#233;trie l'emporte, et acquiert une vigueur toute nouvelle &#187;. Il acquiert souvent aussi un go&#251;t plus affin&#233; et une conscience plus droite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>IRH le mag - N&#176;1 - Arc de cercle en ciel
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		<link>https://mathemarium.fr/IRH-le-mag-No1-Arc-de-cercle-en-ciel.html</link>
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		<dc:date>2006-05-01T09:52:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Monticelli
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&lt;p&gt;En 2005 est cr&#233;&#233; l'Institut Robert Hooke par Pierre Coullet (Physicien - UniCA) et Marc Monticelli (IR - CNRS), premier service de culture scientifique de l'Universite de Nice. Dans la foul&#233;e ils lancent un magazine en direction des &#233;tudiant&#183;es et des &#233;l&#232;ves de lyc&#233;es. Le n&#176;1 (mai 2006) est consacr&#233; &#224; l'optique g&#233;om&#233;trique des arcs-en-ciel. &lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;Pour t&#233;l&#233;charger le PDF-&gt;&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_1522 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;a href='https://mathemarium.fr/IMG/pdf/irh-magazine-1.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://mathemarium.fr/local/cache-vignettes/L500xH707/irh-magazine-1-1-2-991e4-46675.jpg?1777554205' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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